Personnages de la Bible

Cinq vies qui portent toute l’histoire

La Bible n’est pas un traité : c’est la vie de gens précis qui ont dit oui, qui ont douté, qui se sont trompés et qui ont recommencé. Ces cinq-là traversent les 66 livres d’un bout à l’autre. Voici qui ils étaient, ce qui leur est arrivé et par où commencer.

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Les textes cités sont ceux de la Bible Louis Segond 1910, dans le domaine public. Touchez une référence pour ouvrir le chapitre entier.

Ancien Testament · Genèse 12–25

Abraham

Celui qui est parti sans savoir où

Un homme de soixante-quinze ans plie sa maison et se met en route vers un pays que personne ne lui a montré. Tout le reste naît de là : le peuple d’Israël, la promesse, et le mot « foi » tel que la Bible l’emploie ensuite.

Genèse 12–25où le lire
175 ansGenèse 25:7
v. 2000 av. J.-C.datation traditionnelle
2 filsIsmaël et Isaac
Nom
Abram → Abraham« Père élevé » devient « père d’une multitude de nations » en Genèse 17:5.
D’où il vient
Ur en ChaldéeBasse Mésopotamie. Son père Térach emmène la famille jusqu’à Charan, au nord de la Syrie.
Famille
Sara, Agar, Ismaël, IsaacEt Lot, son neveu, qui l’accompagne jusqu’à leur séparation faute de pâturages.
On l’appelle
« Ami de Dieu »Jacques 2:23. Et « père de tous ceux qui croient », en Romains 4:11.

Son histoire

Abram naît à Ur en Chaldée, une ville riche du sud de la Mésopotamie, et grandit dans une maison qui sert d’autres dieux : Josué 24:2 le dit sans détour. Son père Térach fait sortir la famille et s’arrête à mi-chemin, à Charan. C’est à Charan, déjà âgé de soixante-quinze ans, qu’Abram entend l’ordre qui coupe sa vie en deux : quitter son pays, sa patrie et la maison de son père pour une terre qu’on lui montrera plus tard. Pas de carte, pas de nom, pas de délai. Seulement une direction.

Suivent vingt-cinq ans d’attente. Dieu lui promet une descendance « comme les étoiles du ciel » et Sara ne peut pas concevoir. Entre-temps, Abraham fait ce que ferait n’importe qui : il cherche des raccourcis. Il fait passer sa femme pour sa sœur afin de sauver sa peau, d’abord en Égypte puis chez Abimélec. Il accepte l’arrangement de Sara et a Ismaël d’Agar, la servante égyptienne, ouvrant une blessure familiale que la Bible ne cache pas. Quand Isaac naît enfin, Abraham a cent ans et Sara quatre-vingt-dix ; le nom de l’enfant veut dire « il rit », parce que tous les deux avaient ri à l’annonce.

L’épisode le plus dur vient après. Dieu lui demande le fils de la promesse sur le mont Morija, et Abraham se lève de bon matin, fend le bois et monte. Le texte ne lui accorde pas une seule pensée à voix haute : seulement la question de l’enfant — où est l’agneau ? — et la réponse du père : Dieu se pourvoira lui-même de l’agneau. L’ange arrête le couteau au dernier instant. C’est la scène que la tradition juive appelle « la ligature » et que les chrétiens lisent en regardant une autre colline.

Abraham est mort à cent soixante-quinze ans et on l’a enterré auprès de Sara dans la caverne de Macpéla, à Hébron : le seul morceau de la terre promise qu’il ait réellement possédé, parce qu’il l’avait acheté et payé. Il n’a vu ni la nation, ni le pays, ni la multitude. Il a vu un fils et une caverne. Le reste, il l’a laissé ouvert.

Moments clés

  • Genèse 12:1-4 — Le départ de Charan à soixante-quinze ans, sans destination connue.
  • Genèse 15 — L’alliance des étoiles : la nuit où Dieu compte avec lui, et où il croit.
  • Genèse 17 — Le changement de nom et le signe de l’alliance.
  • Genèse 18:1-15 — Les trois visiteurs aux chênes de Mamré, et le rire de Sara.
  • Genèse 18:22-33 — Le marchandage pour Sodome : de cinquante justes à dix.
  • Genèse 22 — Le mont Morija et le bélier retenu dans un buisson.
  • Genèse 23 — L’achat de la caverne de Macpéla, sa seule propriété en terre promise.

Ce que cela enseigne

Abraham est l’homme par qui la Bible définit la foi, et il vaut la peine de regarder ce que le mot veut dire là. Ni certitude ni enthousiasme : se mettre en marche. Hébreux le résume sans ornement — « il partit sans savoir où il allait » — et Genèse 15:6 tranche : il crut, et cela lui fut imputé à justice. Paul bâtira la moitié du Nouveau Testament sur ce verset, et Jacques le nuancera en rappelant que cette même foi a aussi gravi une montagne.

La deuxième chose qu’il enseigne, c’est que le récit ne le maquille pas. Il ment deux fois sur sa femme, il s’impatiente, il laisse partir Agar et son fils au désert. La Bible raconte tout et continue de l’appeler ami de Dieu. C’est peut-être la part la plus utile de son histoire : la promesse ne dépendait pas de sa perfection.

Passages à lire

  1. Genèse 12:1

    L’Éternel dit à Abram : Va-t’en de ton pays, de ta patrie, et de la maison de ton père, dans le pays que je te montrerai.

  2. Genèse 12:2

    Je ferai de toi une grande nation, et je te bénirai ; je rendrai ton nom grand, et tu seras une source de bénédiction.

  3. Genèse 15:6

    Abram eut confiance en l’Éternel, qui le lui imputa à justice.

  4. Genèse 17:5

    On ne t’appellera plus Abram ; mais ton nom sera Abraham, car je te rends père d’une multitude de nations.

  5. Genèse 22:12

    L’ange dit : N’avance pas ta main sur l’enfant, et ne lui fais rien ; car je sais maintenant que tu crains Dieu, et que tu ne m’as pas refusé ton fils, ton unique.

  6. Hébreux 11:8

    C’est par la foi qu’Abraham, lors de sa vocation, obéit et partit pour un lieu qu’il devait recevoir en héritage, et qu’il partit sans savoir où il allait.

  7. Romains 4:3

    Car que dit l’Écriture ? Abraham crut à Dieu, et cela lui fut imputé à justice.

Ancien Testament · de l’Exode au Deutéronome

Moïse

Celui qui discutait avec Dieu

Sauvé d’un fleuve dans une caisse de jonc, élevé dans le palais qui réduisait les siens en esclavage, fugitif quarante ans et berger d’un troupeau qui n’était pas le sien. Quand on l’appelle enfin, il commence par refuser cinq fois.

4 livresde l’Exode au Deutéronome
120 ansDeutéronome 34:7
40 + 40 + 40Égypte, Madian, désert
10commandements · Exode 20
Nom
Moïse« Je l’ai retiré des eaux », dit la fille de Pharaon en Exode 2:10.
D’où il vient
Égypte, tribu de LéviFils d’Amram et de Jokébed ; frère d’Aaron et de Marie la prophétesse.
Famille
Séphora, Guerschom et ÉliézerIl se marie en Madian avec la fille de Jéthro, sacrificateur de ce pays.
On l’appelle
« Fort patient »Nombres 12:3 — « plus qu’aucun homme sur la face de la terre ».

Son histoire

Moïse naît sous un ordre d’extermination : Pharaon fait jeter au Nil les garçons hébreux. Sa mère le cache trois mois puis le dépose dans une caisse enduite de poix, parmi les roseaux, où la fille de Pharaon le trouve. Par une ironie que le texte savoure, l’enfant grandit dans le palais de l’homme qui voulait sa mort, allaité par sa propre mère et payée pour cela. À quarante ans il tue un contremaître égyptien qui frappait un Hébreu, enterre le corps dans le sable et, se sachant découvert, s’enfuit.

Il passe quarante autres années en Madian à garder les brebis de son beau-père. Là, devant un buisson qui brûle sans se consumer, il reçoit sa mission. Et il résiste : qui suis-je, ils ne me croiront pas, je n’ai pas la parole facile, envoie quelqu’un d’autre. Dieu lui répond par un nom — « Je suis celui qui suis » — et par son frère Aaron comme porte-parole. Des dix plaies à la nuit de la Pâque, de la colonne de feu à la mer ouverte, Moïse passe le reste de sa vie à faire l’intermédiaire entre un peuple qui murmure et un Dieu qui répond.

Le Sinaï est le centre de tout. Il monte sur la montagne et redescend avec la Loi ; il trouve le peuple en train de danser autour d’un veau d’or et brise les tables par terre. Puis il fait ce qui le définit mieux qu’aucun miracle : il se plante devant Dieu pour intercéder en faveur de ceux-là mêmes qui viennent de le trahir, et propose d’être effacé du livre si on leur pardonne. D’où la phrase d’Exode 33 : Dieu lui parlait « face à face, comme un homme parle à son ami ».

Il n’est pas entré dans la terre promise. Pour avoir frappé le rocher au lieu de lui parler, à Meriba, il s’entend dire qu’il la verra sans y poser le pied. Il est mort sur le mont Nebo en regardant la vallée du Jourdain, et personne ne sait où est son tombeau. Le Deutéronome referme sa biographie sur une ligne qui ne sert pour personne d’autre : il n’a plus paru en Israël de prophète semblable à lui.

Moments clés

  • Exode 2 — La caisse sur le Nil, le palais et la fuite en Madian.
  • Exode 3 — Le buisson ardent et le nom : « Je suis celui qui suis ».
  • Exode 7–12 — Les dix plaies et la première Pâque.
  • Exode 14 — La mer ouverte et la dernière nuit de l’esclavage.
  • Exode 20 — Les Dix Commandements au Sinaï.
  • Exode 32 — Le veau d’or, les tables brisées et l’intercession pour le peuple.
  • Nombres 20 — Le rocher de Meriba : le coup qui lui coûte l’entrée.
  • Deutéronome 34 — La vue depuis le Nebo et un tombeau que personne n’a trouvé.

Ce que cela enseigne

Moïse démonte l’idée qu’on répond oui à Dieu du premier coup. Il discute, objecte, réclame des preuves et lui dit deux fois qu’il s’est trompé d’homme. Rien de cela ne lui ôte d’autorité dans le récit ; au contraire, la conversation est le lien. La Bible garde son plus grand éloge non pour son courage mais pour sa patience, et pour les fois où il s’est mis entre le châtiment et le peuple.

Il enseigne aussi quelque chose d’inconfortable : celui qui mène les autres au but peut en rester dehors. Quarante ans de désert pour voir le pays depuis une montagne. Le texte ne l’adoucit pas et ne l’explique pas entièrement ; une part de sa force est là.

Passages à lire

  1. Exode 3:14

    Dieu dit à Moïse : Je suis celui qui suis. Et il ajouta : C’est ainsi que tu répondras aux enfants d’Israël : Celui qui s’appelle « je suis » m’a envoyé vers vous.

  2. Exode 14:13

    Moïse répondit au peuple : Ne craignez rien, restez en place, et regardez la délivrance que l’Éternel va vous accorder en ce jour.

  3. Exode 20:2-3

    Je suis l’Éternel, ton Dieu, qui t’ai fait sortir du pays d’Égypte, de la maison de servitude. Tu n’auras pas d’autres dieux devant ma face.

  4. Exode 33:11

    L’Éternel parlait avec Moïse face à face, comme un homme parle à son ami.

  5. Nombres 12:3

    Or, Moïse était un homme fort patient, plus qu’aucun homme sur la face de la terre.

  6. Deutéronome 34:10

    Il n’a plus paru en Israël de prophète semblable à Moïse, que l’Éternel connaissait face à face.

Ancien Testament · 1 et 2 Samuel · Psaumes

David

Le berger qui écrivait ce qu’il ressentait

Le plus jeune de huit frères, celui qu’on n’a même pas fait venir quand le prophète est arrivé. Il a fini roi, et surtout il a fini par être la voix que la Bible prête à qui ne sait pas comment prier.

1 et 2 Samuelson histoire
~73 psaumesportent son nom
40 ansde règne
v. 1010–970 av. J.-C.datation courante
Nom
David« Bien-aimé ». Fils d’Isaï, de Bethléhem, de la tribu de Juda.
D’où il vient
Bethléhem de JudaLe village où le récit revient mille ans plus tard, dans l’Évangile de Luc.
Famille
Mical, Abigaïl, Bath-Schéba…Et ses fils Absalom, Amnon, Adonija et Salomon, qui hérite du trône.
On l’appelle
« Homme selon mon cœur »Actes 13:22, citant 1 Samuel 13:14.

Son histoire

Quand Samuel arrive à Bethléhem pour oindre le futur roi, Isaï lui présente sept fils et oublie le huitième, qui est avec les brebis. Il faut aller le chercher. De là vient la phrase qui résume tout le chapitre : l’homme regarde à ce qui frappe les yeux, l’Éternel regarde au cœur. David retourne aux champs et rien ne se passe pendant un temps ; ce qui l’en sort, c’est une guerre à l’arrêt et un géant philistin qui défie une armée entière depuis quarante jours.

Après la victoire vient la partie longue et rude : Saül, jaloux, le poursuit des années dans les montagnes de Juda. David vit dans des grottes, feint la folie devant un roi étranger et commande une troupe de mécontents et d’endettés. Deux fois il tient Saül à sa merci et deux fois il le laisse repartir. Beaucoup des psaumes qu’on lit aujourd’hui dans les chambres d’hôpital viennent de ces années : écrits à la belle étoile, pas au palais.

Il règne sept ans à Hébron et trente-trois à Jérusalem, qu’il conquiert et fait sa capitale. Il y fait monter l’arche en dansant devant elle. Et puis vient la chute : Bath-Schéba, et l’ordre de laisser mourir Urie en première ligne pour couvrir l’adultère. Le prophète Nathan se plante devant lui avec une parabole sur une brebis et le démonte en cinq phrases. La réponse de David — « j’ai péché contre l’Éternel » — et le Psaume 51 sont la raison pour laquelle sa figure ne s’effondre pas : le récit ne l’absout pas, mais il ne le jette pas non plus.

Ses dernières années se passent à en payer le prix dans sa propre maison : le viol de Tamar, le meurtre d’Amnon, la révolte et la mort d’Absalom. Il meurt en laissant le trône à Salomon et les plans du temple qu’on ne l’a pas laissé bâtir. La promesse de 2 Samuel 7 — un trône affermi pour toujours — est celle que le Nouveau Testament reprend quand il appelle Jésus « fils de David ».

Moments clés

  • 1 Samuel 16 — L’onction à Bethléhem : le fils que personne n’a fait venir.
  • 1 Samuel 17 — Goliath, cinq pierres et une fronde.
  • 1 Samuel 18–26 — Les années de fuite devant Saül, dans les grottes et le désert.
  • 2 Samuel 5–6 — Jérusalem faite capitale, et l’arche qui monte au milieu des danses.
  • 2 Samuel 7 — La promesse d’une maison et d’un trône qui ne finissent pas.
  • 2 Samuel 11–12 — Bath-Schéba, Urie et la parabole de Nathan.
  • Psaume 51 — La prière d’après : « crée en moi un cœur pur ».
  • 2 Samuel 15–18 — La révolte d’Absalom et les larmes d’un père.

Ce que cela enseigne

David enseigne que la prière n’a pas à être polie. Dans les psaumes qui portent son nom il y a la jubilation et le reproche, il y a « l’Éternel est mon berger » et il y a « jusques à quand ? ». Cette amplitude explique qu’ils fonctionnent encore trois mille ans plus tard : ils donnent des mots à des états d’âme qui n’en ont d’ordinaire aucun.

Et il enseigne que le repentir se mesure à ce qu’on fait une fois pris. David ne négocie pas avec Nathan et ne cherche pas de coupable : il reconnaît et il écrit. La Bible ne cache pas son pire chapitre — l’adultère et le crime restent écrits pour toujours — et continue de l’appeler homme selon le cœur de Dieu. Les deux tiennent ensemble.

Passages à lire

  1. 1 Samuel 16:7

    L’Éternel ne considère pas ce que l’homme considère ; l’homme regarde à ce qui frappe les yeux, mais l’Éternel regarde au cœur.

  2. 1 Samuel 17:45

    David dit au Philistin : Tu marches contre moi avec l’épée, la lance et le javelot ; et moi, je marche contre toi au nom de l’Éternel des armées, du Dieu de l’armée d’Israël, que tu as insultée.

  3. 2 Samuel 7:16

    Ta maison et ton règne seront pour toujours assurés, ton trône sera pour toujours affermi.

  4. Psaumes 23:1

    Cantique de David. L’Éternel est mon berger : je ne manquerai de rien.

  5. Psaumes 51:12

    O Dieu ! Crée en moi un cœur pur, Renouvelle en moi un esprit bien disposé.

  6. Actes 13:22

    J’ai trouvé David, fils d’Isaï, homme selon mon cœur, qui accomplira toutes mes volontés.

Nouveau Testament · Évangiles · Actes

Marie

Celle qui a dit oui sans qu’on lui explique rien

Une toute jeune fille d’un village sans importance reçoit une annonce impossible et répond en une seule phrase. Puis elle passe trente ans presque silencieuse, à garder des choses dans son cœur, et reparaît au pied de la croix.

Luc 1–2où on l’entend le plus
Nazarethen Galilée
MagnificatLuc 1:46-55
7 scènesdans les quatre Évangiles
Nom
Marie (Myriam)Le nom de la sœur de Moïse ; l’un des plus répandus de son temps.
D’où elle vient
Nazareth de GaliléeUn village si peu considéré que Nathanaël demande s’il peut en sortir quelque chose de bon.
Famille
Joseph, charpentier de NazarethEt les frères de Jésus que nomme Marc 6:3 : Jacques, Joses, Jude et Simon.
On l’appelle
« La servante du Seigneur »C’est ainsi qu’elle se définit elle-même, en Luc 1:38.

Son histoire

Luc la présente fiancée à Joseph, sans autre détail. L’ange entre avec une salutation qui, dit le texte, la trouble, et lui annonce un fils. Elle pose une seule question — comment, puisqu’elle ne connaît point d’homme — et, la réponse reçue, elle sort du scénario prévisible : elle ne demande aucune garantie. Elle dit : « je suis la servante du Seigneur ; qu’il me soit fait selon ta parole ». Dans son monde, une grossesse pareille pouvait lui coûter son mariage et sa réputation.

Ce qu’elle chante ensuite, chez sa cousine Élisabeth, est ce qu’elle dit de plus politique : le Magnificat, un hymne où Dieu renverse les puissants de leurs trônes et renvoie les riches à vide. Viennent ensuite le recensement, le voyage à Bethléhem, la crèche, les bergers et la fuite en Égypte. Luc répète deux fois la même note à son sujet : elle gardait toutes ces choses et les repassait dans son cœur. C’est à peu près tout ce qu’on sait de sa vie intérieure, et l’évangéliste y insiste.

Quand Jésus commence à prêcher, elle apparaît peu et presque toujours de côté. À Cana elle déclenche le premier miracle par une remarque pratique et une consigne aux serviteurs : « faites ce qu’il vous dira ». En Marc 3 elle va avec la famille pour le ramener à la maison, parce qu’ils le croient hors de sens. Les Évangiles n’en font pas une femme qui comprend tout depuis le début, et cette honnêteté rend sa figure plus crédible, pas moins.

À la fin elle est là où presque personne n’est : debout près de la croix. Jésus la confie au disciple qu’il aimait en deux phrases, et le disciple la prend chez lui. La dernière fois qu’elle est nommée, elle est dans la chambre haute à Jérusalem, en prière avec les onze et d’autres femmes, avant la Pentecôte. Ensuite, silence.

Moments clés

  • Luc 1:26-38 — L’annonciation et la réponse : « qu’il me soit fait selon ta parole ».
  • Luc 1:39-56 — La visite à Élisabeth et le Magnificat.
  • Luc 2:1-20 — Bethléhem, la crèche et les bergers.
  • Matthieu 2:13-15 — La fuite en Égypte, de nuit.
  • Luc 2:41-51 — L’enfant resté au temple, à douze ans.
  • Jean 2:1-11 — Les noces de Cana : « faites ce qu’il vous dira ».
  • Jean 19:25-27 — Debout près de la croix.
  • Actes 1:14 — Dans la chambre haute, en prière avec les disciples.

Ce que cela enseigne

Marie enseigne à quoi ressemble une réponse quand on ne vous explique rien. Elle ne reçoit ni plan, ni calendrier, ni protection contre ce que le village va dire. Elle reçoit une annonce et un nom. Son « qu’il me soit fait » n’est pas de la résignation : c’est une décision prise avec toute l’information disponible, c’est-à-dire très peu.

Et elle enseigne une manière d’être que le reste du Nouveau Testament décrit à peine : garder et repasser dans son cœur. Luc y insiste deux fois parce que c’est le contraire de ce que font les autres personnages, qui interrogent, discutent ou s’enfuient. Elle se tait et attend trente ans.

Passages à lire

  1. Luc 1:30-31

    L’ange lui dit : Ne crains point, Marie ; car tu as trouvé grâce devant Dieu. Et voici, tu deviendras enceinte, et tu enfanteras un fils, et tu lui donneras le nom de Jésus.

  2. Luc 1:38

    Marie dit : Je suis la servante du Seigneur ; qu’il me soit fait selon ta parole ! Et l’ange la quitta.

  3. Luc 1:46-47

    Et Marie dit : Mon âme exalte le Seigneur, Et mon esprit se réjouit en Dieu, mon Sauveur,

  4. Luc 2:19

    Marie gardait toutes ces choses, et les repassait dans son cœur.

  5. Jean 2:5

    Sa mère dit aux serviteurs : Faites ce qu’il vous dira.

  6. Jean 19:26-27

    Jésus dit à sa mère : Femme, voilà ton fils. Puis il dit au disciple : Voilà ta mère. Et, dès ce moment, le disciple la prit chez lui.

  7. Actes 1:14

    Tous d’un commun accord persévéraient dans la prière, avec les femmes, et Marie, mère de Jésus, et avec les frères de Jésus.

Nouveau Testament · Actes · 13 lettres

Paul

Le persécuteur qui a changé de camp sur la route

Il allait à Damas avec des mandats d’arrêt en main. Il s’est relevé aveugle, l’argument de sa vie en morceaux. De ce retournement sortent treize lettres et la moitié du Nouveau Testament.

13 lettresdans le Nouveau Testament
3 voyagesplus la traversée vers Rome
~20 000 kmparcourus
Actes 9–28sa biographie
Nom
Saul → PaulUn nom juif et un nom romain ; les Actes passent au second quand il entre dans le monde grec.
D’où il vient
Tarse en CilicieVille universitaire du sud de l’actuelle Turquie. Citoyen romain de naissance.
Famille
Pharisien, de la tribu de BenjaminFormé à Jérusalem aux pieds de Gamaliel, le maître le plus respecté de sa génération.
On l’appelle
« Un instrument que j’ai choisi »Actes 9:15, dans la réponse à Ananias, qui ne voulait pas s’en approcher.

Son histoire

Paul apparaît d’abord en gardant les vêtements de ceux qui lapident Étienne, et en approuvant sa mort. Il était pharisien, fils de pharisiens, formé à Jérusalem par le meilleur maître de la ville, et convaincu que ce mouvement nouveau était un blasphème à couper net. Il a demandé des lettres pour aller à Damas et ramener enchaînés les disciples de la Voie. Il avait la loi pour lui et la conscience tranquille.

Aux portes de Damas, une lumière le jette à terre et une voix lui pose la question qui réorganise sa biographie : pourquoi me persécutes-tu. Il se relève aveugle. Il passe trois jours sans manger ni boire chez un inconnu, jusqu’à ce qu’arrive Ananias — qui avait discuté l’ordre d’aller le voir, non sans raisons — et l’appelle « Saul, mon frère ». Viennent ensuite des années de silence en Arabie et à Tarse, avant que Barnabas n’aille le chercher pour Antioche.

Suivent une vingtaine d’années sur les routes : trois grands voyages par Chypre, l’Asie Mineure, la Macédoine et la Grèce, à fonder des communautés dans des villes portuaires et à les tenir ensuite par lettre. Il travaillait de son métier, la fabrication de tentes, pour n’être à charge de personne. La liste qu’il dresse lui-même en 2 Corinthiens 11 est le meilleur résumé de sa vie : cinq fois trente-neuf coups, trois naufrages, des prisons, un jour et une nuit dans l’abîme, périls des fleuves, des brigands et des faux frères.

Un conflit de fond traverse toutes ses lettres : fallait-il devenir juif pour entrer ? Il a dit non, s’est opposé publiquement à Pierre là-dessus et a emporté la décision au concile de Jérusalem. C’est pour cela que le christianisme est sorti de Palestine. Il a fini prisonnier, a fait appel à César comme citoyen romain, a fait naufrage en route vers l’Italie et a passé deux ans en résidence surveillée à Rome, recevant des visites et écrivant. Les Actes s’arrêtent là, sans dire comment il est mort.

Moments clés

  • Actes 7:58 – 8:3 — À la lapidation d’Étienne, du côté de ceux qui jettent les pierres.
  • Actes 9:1-19 — Le chemin de Damas, la cécité et Ananias.
  • Actes 13–14 — Premier voyage : Chypre et le sud de l’Asie Mineure avec Barnabas.
  • Actes 15 — Le concile de Jérusalem : les païens entrent sans passer par la loi.
  • Actes 16 — Philippes : la prison, le tremblement de terre et le geôlier.
  • Actes 17:16-34 — Le discours de l’Aréopage, à Athènes, devant l’autel « au dieu inconnu ».
  • 2 Corinthiens 11:23-28 — Sa propre liste de coups, de naufrages et de nuits dehors.
  • Actes 27–28 — Le naufrage à Malte et les deux ans de garde à Rome.

Ce que cela enseigne

Paul est la preuve que personne n’est hors d’atteinte. Le texte n’en fait pas un chercheur sincère à qui il manquait un coup de pouce : il allait arrêter des gens. La scène d’Ananias, qui résiste à l’idée d’aller le voir parce qu’il sait très bien qui il est, est là pour qu’on n’y lise pas une conversion confortable.

Son autre leçon porte sur la force. Il a demandé trois fois qu’on lui retire un mal physique qu’il appelle « une écharde dans la chair » et la réponse a été non. Ce qu’il a reçu à la place — « ma grâce te suffit, car ma puissance s’accomplit dans la faiblesse » — résume sa théologie mieux que tout le reste : ce qui tient debout n’est pas la capacité propre.

Passages à lire

  1. Actes 9:4-5

    Il tomba par terre, et il entendit une voix qui lui disait : Saul, Saul, pourquoi me persécutes-tu ? Il répondit : Qui es-tu, Seigneur ? Et le Seigneur dit : Je suis Jésus que tu persécutes.

  2. Actes 9:15

    Mais le Seigneur lui dit : Va, car cet homme est un instrument que j’ai choisi, pour porter mon nom devant les nations, devant les rois, et devant les fils d’Israël ;

  3. Galates 2:20

    J’ai été crucifié avec Christ ; et si je vis, ce n’est plus moi qui vis, c’est Christ qui vit en moi ; si je vis maintenant dans la chair, je vis dans la foi au Fils de Dieu, qui m’a aimé et qui s’est livré lui-même pour moi.

  4. Philippiens 3:7-8

    Mais ces choses qui étaient pour moi des gains, je les ai regardées comme une perte, à cause de Christ. Et même je regarde toutes choses comme une perte, à cause de l’excellence de la connaissance de Jésus-Christ mon Seigneur.

  5. 2 Corinthiens 12:9

    et il m’a dit : Ma grâce te suffit, car ma puissance s’accomplit dans la faiblesse.

  6. Romains 8:38-39

    Car j’ai l’assurance que ni la mort ni la vie, ni les anges ni les dominations, ni les choses présentes ni les choses à venir, ni les puissances, ni la hauteur, ni la profondeur, ni aucune autre créature ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu manifesté en Jésus-Christ notre Seigneur.

  7. 2 Timothée 4:7

    J’ai combattu le bon combat, j’ai achevé la course, j’ai gardé la foi.

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